Alsharq Tribune-M.Essam
La pongiste Hana Goda, 18 ans, revient sur son exploit aux Championnats du monde de Macao après avoir atteint les quarts de finale. Entre ambition et passion, elle partage son parcours exceptionnel, ses défis et ses objectifs pour l’avenir. Entretien.
Al-Ahram hebdo : Vous avez atteint les quarts de finale des Championnats du monde à Macao. Qu’as-tu ressenti à ce moment-là ? Que représente pour vous cet exploit ?
Hana Goda : C’était un moment vraiment inoubliable. Quand j’ai réalisé que j’avais atteint les quarts de finale, j’ai ressenti à la fois de la fierté et de l’émotion, parce que c’est le fruit de beaucoup de travail et de sacrifices. J’ai même pleuré après ma victoire et j’ai couru vers mon entraîneur, Hesham Ismail, qui m’a félicitée. J’étais aussi très émue par le fait que le ministre de la Jeunesse et du Sport m’a accueillie dans son bureau pour me féliciter. Cet exploit représente pour moi la concrétisation de mes efforts et le début d’une nouvelle étape dans ma carrière, car j’ai grimpé de quatre places et je suis passée de la 26e à la 22e place. Ma joie est d’autant plus grande que cet exploit a été réalisé dans un tournoi aussi prestigieux que les Championnats du monde, qui rassemblent des pongistes mieux classés, plus âgés et qui sont des stars, détenteurs de médailles internationales et olympiques. Ces moments resteront gravés dans ma mémoire.
— Pouvez-vous nous raconter votre parcours jusqu’aux quarts de finale et comment s’est passé votre match décisif contre la Française Jia Yuan ?
— Mon parcours aux Championnats du monde a commencé dès les tours préliminaires, où chaque match était un défi face à des joueuses expérimentées. J’ai réussi à gagner mes premiers tours en restant concentrée. Le moment le plus intense a été mon match contre la Française d’origine chinoise Jia Yuan, classée 24e aux 8es de finale. C’était un match plein de rebondissements. Jia Yuan a remporté le premier set (11-9), et je savais que je devais réagir rapidement. J’ai réussi à gagner les deuxième et troisième sets (11-9 et 11-5), mais elle a égalisé après un quatrième set très serré (16-14) et a repris l’avantage dans le cinquième (11-8). J’étais menacée d’élimination, mais j’ai gardé mon sang-froid et j’ai remporté le sixième set (11-8). Dans le set décisif, j’ai tout donné et j’ai réussi à conclure 13-11. Cette victoire m’a permis de me qualifier pour les quarts de finale, une première à la fois dans ma carrière et dans l’histoire du tennis de table égyptien. En quarts de finale, j’ai été battue par la Chinoise Sun Yingsha, numéro un mondiale et championne du monde en titre. Dans le dernier set, j’étais proche de la victoire, mais mon adversaire a finalement pris le dessus.
— Ayant déjà été battue par la Française Jia Yuan dans d’autres compétitions, quels sont les ajustements que vous avez apportés pour réussir à la battre cette fois-ci ?
— Oui c’est vrai. J’avais déjà affronté la pongiste française Jia Yuan. Elle m’avait battue 3-0 aux Championnats du monde par équipe, ainsi qu’en février dernier en Ligue française. Je savais donc que ce serait un match très compliqué. Avec mon entraîneur, nous avons beaucoup travaillé en amont pour analyser son jeu, comprendre ses points forts et identifier les aspects dans lesquels je devais m’améliorer pour pouvoir la battre. J’ai également regardé de nombreuses vidéos de ses matchs afin d’étudier sa technique et ses réactions dans de différentes situations. Tout ce travail m’a permis d’aborder ce match avec une meilleure préparation, plus de confiance et une stratégie claire.
— Votre style de jeu est très dynamique, comment le décririez-vous et comment avez-vous atteint ce niveau ?
— Mon style de jeu est basé sur la vitesse, l’agressivité et la prise d’initiative. J’aime imposer mon rythme dès le début de l’échange et ne pas laisser mon adversaire s’installer. Pour atteindre ce niveau, je travaille énormément depuis mon plus jeune âge, avec des entraînements quotidiens très exigeants. J’ai aussi beaucoup appris en affrontant des joueuses plus expérimentées que moi, ce qui m’a permis de progresser rapidement. J’ai également eu la chance d’évoluer dans plusieurs clubs européens. J’ai commencé dans un club en Suède, puis j’ai joué en France à Joué-lès-Tours en 2024, et aujourd’hui, j’évolue au club de Metz. Avec ces clubs, je participe au Championnat de France et la ETTU Champions League. Ces expériences à l’étranger m’ont beaucoup profité, elles m’ont permis de gagner en maturité, en confiance, et de m’adapter à de différents styles de jeu. En plus du travail physique et technique, j’accorde une grande importance à la préparation mentale, car elle m’aide à rester concentrée et à gérer la pression dans les moments importants. C’est la combinaison de tous ces éléments qui m’a permis d’atteindre ce niveau aujourd’hui.
— Comment vous préparez-vous physiquement et mentalement avant un match important ?
— Sur le plan physique, mon entraînement est très exigeant. Je m’entraîne environ six heures par jour, auxquelles s’ajoutent deux heures de fitness pour travailler la force, l’endurance et la rapidité. Mais la préparation mentale est tout aussi cruciale. Avant un match, je fais des exercices de concentration, comme le fait de rester focalisée sur chaque balle et de ne pas me laisser distraire par le score ou le public. Je me donne le temps de me recentrer, de contrôler ma respiration, mais surtout je travaille en vue de garder un état d’esprit positif et de rester confiante, même si le match devient difficile. La gestion du stress est aussi très importante, surtout dans les moments décisifs. J’essaie de transformer le stress en énergie pour jouer à mon meilleur niveau. Tout cela me permet d’arriver sur la table prête, avec la confiance et la concentration nécessaires.
— Quels aspects de votre jeu considérez-vous comme des points forts ou faibles, et sur lesquels vous travaillez encore ?
— Je pense que mes principaux points forts sont ma rapidité et mon agressivité sur la table. J’aime imposer mon rythme et surprendre mes adversaires avec des attaques précises. Ma capacité à rester concentrée dans les moments importants et à gérer la pression est également un atout, surtout face à des joueuses expérimentées et mieux classées. En revanche, comme toute joueuse en progression, j’ai encore des aspects à améliorer. Par exemple, ma régularité dans les échanges longs et ma variation de services sont des points sur lesquels je travaille constamment. Je cherche à rendre mon jeu plus complet, en étant capable d’alterner attaque et défense selon les situations, pour ne pas devenir prévisible. Je travaille à la fois sur ma technique, ma position sur la table, mes déplacements rapides et ma capacité à lire le jeu de l’adversaire. Affronter des joueuses plus expérimentées m’a appris à mieux analyser les situations et à anticiper leurs mouvements. Pour moi, progresser signifie transformer chaque match et chaque erreur en une leçon.
— Où est-ce que vous vous voyez dans les prochaines années sur la scène internationale et quels rêves cherchez-vous à concrétiser ?
— J’ai deux rêves importants qui me motivent chaque jour : atteindre le top 10 mondial et décrocher une médaille aux Jeux Olympiques (JO) de Los Angeles. Atteindre le top 10 serait une étape majeure dans ma carrière, une preuve que tout le travail accompli depuis mon plus jeune âge porte ses fruits. Quant aux JO, c’est le sommet pour tout athlète et une occasion unique de représenter mon pays sur la scène mondiale. Ces deux objectifs m’encouragent à travailler encore plus dur, à rester concentrée et à continuer à progresser dans tous les aspects de mon jeu.