Alsharq Tribune- Hany Yosef
L’ancien chef du Conseil de sécurité nationale israélien appelle à la prudence face à l’influence grandissante d’Ankara en Syrie et dans la région.
Le risque d’une confrontation entre Israël et la Turquie s’est renforcé en raison des ambitions régionales du président Recep Tayyip Erdogan et de son hostilité envers l’État hébreu, a estimé Meir Ben-Shabbat dans un entretien accordé à Maariv et relayé par le Jerusalem Post.
L’ancien conseiller à la sécurité nationale israélien, aujourd’hui à la tête de l’Institut Misgav, considère qu’Ankara cherche à exploiter les bouleversements régionaux pour s’imposer comme une puissance diplomatique et militaire de premier plan.
Selon Meir Ben-Shabbat, la chute du régime de Bachar al-Assad et le retrait forcé des forces iraniennes ont permis à la Turquie de devenir l’acteur étranger dominant en Syrie.
Ankara participerait notamment au financement et à la formation de la nouvelle armée syrienne, tout en développant des infrastructures énergétiques et de transport.
L’ancien responsable israélien appelle également à ne pas se laisser rassurer par l’apparence plus modérée du président syrien Ahmed al-Sharaa.
Il rappelle son passé jihadiste et ses liens avec la Turquie, estimant que son changement de posture pourrait être destiné à obtenir une reconnaissance internationale et à consolider son pouvoir.
« Il ne faut en aucun cas supposer qu’il a abandonné sa voie », a-t-il averti, qualifiant le dirigeant syrien de « jihadiste en costume » et de relais d’Erdogan.
Meir Ben-Shabbat identifie plusieurs autres facteurs susceptibles d’accentuer les tensions entre Israël et la Turquie.
Il cite l’accord de défense conclu à La Mecque entre Ankara, Riyad et Islamabad, qui place la Turquie au centre d’un nouvel axe sunnite souhaitant réduire sa dépendance sécuritaire envers Washington.
Il évoque également la doctrine maritime turque de la « Patrie bleue », dont les ambitions en Méditerranée orientale entrent en concurrence avec les partenariats énergétiques et stratégiques noués par Israël avec la Grèce et Chypre.
Le soutien accordé par Ankara au Hamas et à ses dirigeants constitue un autre point de friction.
L’ancien responsable accuse enfin la Turquie de mener une campagne diplomatique et judiciaire visant à présenter Israël comme un État violant le droit international.
Meir Ben-Shabbat refuse néanmoins de placer la Turquie et l’Iran sur le même plan, estimant que chaque pays présente des caractéristiques différentes et nécessite une réponse adaptée.
L’un des architectes des accords d’Abraham affirme qu’Israël doit continuer à rechercher la paix, sans céder des positions stratégiques en échange d’engagements susceptibles d’être remis en cause.
« Nous ne devons pas renoncer à l’aspiration à la paix, mais nous ne devons pas non plus la laisser altérer notre jugement », a-t-il déclaré.
Il recommande ainsi de ne pas conclure d’accords prématurés avec la Syrie ou le Liban et de préserver la liberté d’action militaire d’Israël.
Même un accord conclu avec un dirigeant favorable à la paix peut devenir caduc si celui-ci est remplacé, a-t-il averti.